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FRANÇOIS LEDERMANN  ANAL. REAL ACAD. FARM.

5. Le XIXe siècle ou le règne de la pharmacie
       scientifique

        Avec l’ouverture de la pharmacie à la science, avec le rôle joué
dans ce mouvement par les pharmaciens d’officine et surtout avec les
changements qui interviennent après 1800 dans la thérapeutique, avec
l’abandon de nombreuses substances animales et végétales, avec aussi la
suppression de maintes pratiques polypharmaceutiques, et surtout avec
l’introduction dans la matière médicale de la morphine, de la codéine, de
la quinine et d’autres alcaloïdes, avec enfin un balancement de la
fabrication vers l’analyse des médicaments, la pharmacie de tous les jours
change de visage. Les travaux effectués par les pharmaciens d’officine,
toujours aux avant-postes de la recherche scientifique et médicale,
illustrent ce changement. C’est le cas par exemple du pharmacien de la
ville de Berne Samuel Pagenstecherxvi.

        Après des études en Allemagne, chez Trommsdorf à Erfurt et à
Göttingen, Pagenstecher reprit en 1805 la pharmacie paternelle. Il est
l’auteur de travaux sur les eaux minérales, mais surtout, il fut le premier à
découvrir de la morphine dans l’opium indigène, quelques années après
que Sertürner eut isolé cet alcaloïde. Il détecta aussi la présence
d’aldéhyde salicylé dans les fleurs de la spirée et devint ainsi l’un des
précurseurs de la thérapeutique salicylée. Il est aussi resté dans l’histoire
de la pharmacie comme le découvreur d’une méthode d’essai du cuivre
avec de l’acide cyanique et du bois de gaiac. Cette dernière découverte
montre bien l’imbrication, à cette époque, des activités scientifiques et
des aspects pratiques, ou technologiques de la recherche. C’est en
analysant l’eau de laurier-cerise, alors polluée par le cuivre, que
Pagenstecher mit au point sa méthode d’essai.

        Un autre pharmacien bernois de la même période, Carl Abraham
Fueter, procéda aussi à des recherches analytiques, mais il est surtout
connu comme l’auteur de la seule pharmacopée bernoise, le Tentamen
Pharmacopoeae Bernensis, paru en 1852xvii. Ce nouveau domaine
d’activité éclaire par un autre angle l’activité des pharmaciens de cette
époque : alors que la rédaction des ouvrages de pharmacopée fut
longtemps l’apanage des médecins, dès 1800, sous l’impulsion des

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