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FRANÇOIS LEDERMANN ANAL. REAL ACAD. FARM.
scientifiques et, en 1847, le premier Journal suisse de pharmacie. Les
principaux problèmes qui préoccupent les pharmaciens suisses depuis le
milieu du XIXe siècle sont la propharmacie, donc la dispensation des
médicaments par les médecins, et la concurrence des autres professions
comme les droguistes, ceci dans un pays où, au contraire de nombreuses
autres nations européennes, la liberté du commerce a trop souvent pris le
pas sur les nécessaires exigences de la santé publiquexi. Le XXe siècle,
marqué en Suisse comme partout par une puissante industrialisation du
médicament, n’a pas vu ces problèmes se résoudre et la pharmacie suisse
se trouve en ce moment dans une phase structurelle et conjoncturelle
difficile, marquée par une mise en cause du monopole pharmaceutique,
mais aussi par une critique continue des acquits commerciaux des
pharmaciens.
3. Les pharmaciens suisses jusqu’à la fin du XVIIIe
siècle : une position originale et parfois ambiguë
Comme je l’ai fait remarquer tout à l’heure en survolant l’histoire
de la pharmacie helvétique, les pharmaciens suisses du moyen âge et de la
Renaissance sont soit des marchands de drogues avec un rang élevé dans
la société, soit des apothicaires de ville, respectés, mais plutôt artisans que
scientifiques, reflétant ainsi la pharmacie de cette époque.
Pour les trois siècles qui vont de la fin du moyen âge - avec une
première expansion de la pharmacie suisse - jusqu’aux Lumières, à la fin
du XVIIIe siècle, seules quelques personnalités émergent qui ont
contribué à la vie scientifique en Suisse.
L’un des premiers, chronologiquement, signalé par les biographes
est Thibault Lespleigney. D’origine française, il vécut au début du XVIe
siècle. Il a longtemps exercé la pharmacie à Tours, au bord de la Loire,
puis, après avoir choisi la religion réformée, à Genève où il s’est exilé. A
une époque où la littérature pharmaceutique était majoritairement rédigée
par les médecins, Lespleigney s’est illustré comme auteur de plusieurs
ouvrages de pharmacie dont l’un parut en langue française, une curiosité à
l’époque où le latin dominait encore. Autre originalité, certains ouvrages
de Lespleigney sont rédigés en vers, comme par exemple le Promptuaire
des médecines simples en rithme joyeux publié à Tours en 1537 dans
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