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VOL. 66, (2) 2000 LES PHARMACIENS SUISSES COMME SCIENTIFIQUES
lequel l’auteur décrit certaines substances pharmaceutiques minérales,
végétales et animales en vers, en strophes de huit syllabesxii.
Une autre personnalité extraordinaire de la même époque est le
pharmacien de Lucerne Renward Cysat. Il exerça la pharmacie d’officine
à Lucerne dans la seconde moitié du XVIe siècle, mais occupa également
d’importantes charges administratives, politiques et diplomatiquesxiii.
Dans le domaine scientifique, c’est plutôt à la botanique que Cysat se
voua. Il possédait un jardin près de sa pharmacie où il planta des espèces
alors inconnues en Suisse comme les tulipes ou encore le laurier-rose
qu’il fit venir de Florence grâce à ses relations diplomatiques. Cysat
correspondit aussi avec des médecins importants de la Renaissance,
comme par exemple Félix Platter. Signe du temps, il constitua également
un herbier et consigna par écrit toutes ses observations scientifiques.
Renward Cysat peut ainsi être considéré comme un précurseur
d’une forme d’activité scientifique qui ne prendra véritablement son essor
que durant le XVIIe siècle, le collectionnisme, une activité à laquelle
plusieurs pharmaciens, dans l’Europe entière, prendront une part
importante. Nous en avons un exemple pour le début du XVIIIe siècle à
Bâle avec le pharmacien Hieronymus Bernoulli, membre d’une dynastie
familiale qui compta nombre de scientifiques et de mathématiciens.
Bernoulli créa un cabinet de curiosités naturelles et constitua une
importante collection de minéraux et de fossiles, insectes, mollusques,
etc. Cet art de la collection prélude à vision plus structurée, plus
scientifique des sciences-naturelles, comme la pratiqueront plusieurs
pharmaciens suisses du début du XIXe siècle.
Un peu plus tard, au tournant des XVIe et XVIIe siècles, un autre
personnage, Jacques Constant de Rebecque, à la fois médecin et
pharmacien, ce qui montre l’imbrication des deux professions à cette
époque, rédige en 1709 une pharmacopée dans laquelle il veut montrer
qu’il est possible de renoncer aux drogues exotiques, étrangères, et que
les seules plantes qui poussent en Suisse suffisent à couvrir tout le champ
de la thérapeutiquexiv.
Par cette démarche, Constant de Rebecque qui mêle ainsi
nationalisme et pharmacie s’inscrit ainsi dans une ligne courante alors,
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