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FRANÇOIS LEDERMANN  ANAL. REAL ACAD. FARM.

le canton de Vaud où il exerça la pharmacie. Il reprit ensuite un petit
laboratoire qu’il porta au succès en fabriquant une farine pour enfants, un
produit qu’il développa et commercialisa avant de transformer son
entreprise en Société Nestlé dont la réussite ultérieure et l’importance
internationale est bien connue.

        La pharmacie d’officine comme creuset de la recherche
scientifique et du développement de l’industrie va au XIXe siècle de pair
avec une reconnaissance toujours plus éclatante de la place de la
pharmacie dans les universités, dans le monde académique. Et de
nombreux pharmaciens suisses participent à ce mouvement.
L’enseignement universitaire officiel et autonome ne se met en place en
Suisse que tard, dans les dernières décennies du XIXe siècle. Aussi les
premiers professeurs pharmaciens occupent des chaires dans diverses
facultés, médecine, sciences-naturelles, et donnent des cours destinés aux
futurs pharmaciens, mais aussi à d’autres étudiants, comme par exemple
les médecins.

        Le bernois Karl Emanuel Brunner fait partie de cette première
génération de pharmaciens-enseignants. Après des études à Berlin, à
Göttingen et à Paris - on constate donc une fois de plus l’importance des
universités étrangères, allemandes et françaises en particulier, dans la
formation des apothicaires de ce temps - il fut nommé professeur
ordinaire de chimie à l’Université de Berne. Avec les moyens en argent et
en matériel dérisoires que lui allouait l’État, il créa un laboratoire de
chimie où il pratiqua des expériences sur la fabrication des métaux et où il
développa des procédés analytiques nouveaux pour les médicaments. Il
s’adressait alors, dans la première moitié du XIXe siècle, à un auditoire
constitué de quelques pharmaciens, mais aussi de médecins et d’étudiants
en chimie. Il était aussi propriétaire d’une officine dans la ville de Berne.

        Un peu plus tard, dans la seconde moitié du XIXe siècle, à Genève,
un autre pharmacien, Jacques-Joseph Brun, fut nommé professeur de
matière médicale et de pharmacologie à l’Université de Genève, puis il
enseigna la microscopie pharmaceutique et la pharmacognosie à une
époque où l’enseignement de la pharmacie n’était pas encore
institutionnalisé dans la cité de Calvin. Un autre aspect de la vie de Brun
montre bien l’ouverture aux sciences et les enthousiasmes de nombreux

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