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VOL. 66, (2) 2000  LES PHARMACIENS SUISSES COMME SCIENTIFIQUES

naissantes, mais aussi le goût de la collection, les deux passions étant à
cette époque bien souvent étroitement imbriquées. Jean-Antoine
Colladon, après des études à Montpellier et à Berlin, retourna à Genève
où il rassembla des collections de plantes médicinales des Alpes et où il
constitua un herbier. Il effectua également des recherches sur les
caractères héréditaires et sur l’hybridation des souris blanches, quarante
ans avant Mendel, mais il fut incapable, contrairement au moine
allemand, d’élaborer une explication générale, une théorie, des
phénomènes qu’il observa.

        Un troisième pharmacien genevois, contemporain de Gosse et de
Colladon, Pierre François Tingry, également propriétaire d’une officine,
effectua des recherches dans le domaine de la chimie et sur certains
médicaments. Comme Gosse, il s’intéressa aux maladies professionnelles
dues aux produits chimiques, au mercure en particulier, et il fit de sa
maison de campagne un lieu de réunion pour nombre de savants de
passage à Genève. Tingry fut aussi un pionnier parmi une catégorie de
pharmaciens qui va croître au cours du XIXe siècle, comme nous allons le
voir, celui des enseignants : il fut en 1807 le premier titulaire de la chaire
de chimie et de minéralogie de l’Académie de Genève, précurseur de
l’Université.

        On le constate aisément avec ces trois exemples, le pharmacien
d’officine - et cela ne vaut pas que pour la Suisse - par sa formation à la
fois pratique et théorique, par le laboratoire et le matériel de da
pharmacie, mais aussi par ses intérêts intellectuels et son ouverture au
progrès, joue un rôle essentiel dans le développement naissant des
sciences et dans les premiers contacts entre savants. Bénéficiaire souvent
d’une bonne formation, il pénètre vers 1800 à l’université, comme
étudiant et parfois comme enseignant. On retrouvera tous ces éléments,
l’enseignement, la recherche, le rôle social et même le sens de la
collection dans le cours du XIXe siècle, une période que l’on peut
nommer âge d’or de la pharmacie scientifique.

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