Page 8 - 66_02
P. 8
FRANÇOIS LEDERMANN ANAL. REAL ACAD. FARM.
qui se caractérise non seulement par la défense des valeurs locales, mais
aussi par une forme de résistance, anti-moderniste, aux thérapeutiques
exotiques, signe de progrès
4. Vers 1800 : la pharmacie suisse intègre les sciences-
naturelles
Vers 1800, la ville de Genève, influencée par la Révolution
française, se trouve au centre d’un profond mouvement scientifique ; elle
forme véritablement un creuset où se forment et se développent la
physique, la chimie et la médecine. Aussi n’est-il pas étonnant de
constater que plusieurs pharmaciens genevois ont joué un rôle essentiel
dans cet élan de progrès des sciences, et des sciences-naturelles en
premier lieu. Nous pouvons l’observer avec trois exemples.
Le premier pharmacien genevois de cette époque qui mérite d’être
évoqué ici est Henri-Albert Gossexv. D’origine genevoise, Gosse fut l’un
des premiers pharmaciens suisses à compléter sa formation de type
artisanal par des cours à l’université, d’abord à Genève même, puis à
Paris où il se rendit comme de nombreux jeunes autres suisses romands
de cette période pour achever sa formation. Il y étudia la chimie et la
physique et devint en 1798 maître-apothicaire à Genève et ouvrit une
pharmacie. Mais c’est surtout pour son activité au service de la science
que Gosse est resté dans la mémoire : il fut un précurseur de l’aviation,
fut aussi un des pionniers de l’industrie, il dirigea une fabrique de poterie
et il réalisa des recherches chimiques sur les maladies professionnelles
des orfèvres situant ainsi des travaux dans une ligne très moderne qui
correspondait aux premières poussées de l’industrie à Genève. Gosse est
aussi connu pour, avec un certain Monsieur Schweppe, le futur créateur
du Schweppes, avoir lancé des eaux minérales. Il fut surtout le créateur en
1815 de la Société helvétique des sciences-naturelles, la première société
savante dans le pays. Avec Gosse, on note donc les véritables orientations
scientifiques d’un pharmacien d’officine et son action au service de la
science naissante, mais Gosse reste un généraliste, intéressé plus par le
renouveau scientifique que par une recherche scientifique précise..
Avec un deuxième pharmacien genevois, également actif autour
de la période de 1800, nous retrouvons l’intérêt pour les sciences
6