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FRANÇOIS LEDERMANN  ANAL. REAL ACAD. FARM.

une des personnalités les plus marquantes, les plus fascinantes aussi, de la
pharmacie de cette époque. Successeur de Flückiger dans le domaine de la
pharmacognosie, il a fait reconnaître la science pharmaceutique comme
telle dans le monde entier. Spécialiste de l’anatomie végétale, en
particulier des glucosides anthrachinoniques, auteur de plusieurs
ouvrages, de très nombreux travaux, il dirigea aussi de nombreuses thèses
de doctorat avec des élèves venus de beaucoup de pays. Comme
universitaire, Tschirch a toujours rattaché la recherche scientifique à la
pratique pharmaceutique quotidienne : il rédigea dans une large mesure la
quatrième édition de la Pharmacopée helvétique et se préoccupa sans
relâche de questions d’ordre professionnel. Ainsi, il caractérise bien une
génération de professeurs de pharmacie à une époque, avant
l’industrialisation du médicament, où les divergences entre le travail de
tous les jours du pharmacien d’officine et la recherche universitaire
allaient encore de pair.

        Carl Hartwich, un autre pharmacien venu d’Allemagne et
professeur à Zurich constitue un autre exemple de professeur engagé, à la
fois chercheur scientifique et proche de la pratique pharmaceutique.

6. Après 1900 : les universitaires remplacent les
       officinaux : une spécialisation dommageable ?

        Le XXe siècle ne compte plus guère de pharmaciens d’officine qui
mènent parallèlement une activité scientifique. Les progrès de la
thérapeutique, les succès des médicaments industriels, de la spécialité
pharmaceutique, un autre visage de la pharmacie d’officine, plus orienté
vers le conseil au patient, introduisent, en Suisse comme ailleurs en
Europe, un clivage entre le monde des chercheurs, universitaires ou
opérant dans l’industrie, et celui des hommes et, toujours plus, des
femmes, qui délivre des médicaments. Pour ce siècle donc, le cercle des
scientifiques se réduit aux enseignants. Peu d’exemples suffiront pour
illustrer ce changement.

        Le premier, Eduard Schär, éclaire encore une période de transition
entre le XIXe et le XXe siècle. Ayant acquis à l’origine une formation
traditionnelle de pharmacien, avec des périodes d’apprentissage et de
compagnonnage, il poursuit ses études à Berlin, à Londres et à Paris. Il

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