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VOL. 66, (2) 2000  LES PHARMACIENS SUISSES COMME SCIENTIFIQUES

considère le caractère fédéraliste de la Suisse et la longue marche des
différentes régions, des divers États, vers une lente unification qui
n’adviendra qu’au milieu du XIXe siècle. En ce qui concerne la
pharmacie, elle ne se développera tout d’abord que dans les régions
urbaines, en premier lieu à Bâle et à Genève, puis à Zurich, à Berne et
ensuite dans les autres villes et régions de Suissev.

        Grâce aux recherches approfondies de l’historien de la pharmacie
Josef Anton Häfliger, la situation à Bâle est bien connuevi. Les premiers
apothicaires y apparaissent vers 1280, donc peu après les Constitutions de
Frédéric II qui consacrent dans le Sud de l’Italie la séparation de la
médecine et de la pharmacie et la naissance de cette nouvelle profession.

        Vers 1320 déjà, un serment des apothicaires bâlois forme les bases
juridiques et économiques de la pharmacie bâloise. À Genève aussi, les
premiers apothicaires apparaissent à la fin du XIIIe siècle ; ce sont surtout
des émigrés italiens, piémontais, qui s’occupent du commerce des
drogues dans la plaque tournante économique et la ville de foire qu’était
Genève au moyen âge, où l’exercice de la pharmacie est libre. Ce n’est
qu’au XVIe siècle qu’apparaissent les premiers règlements qui ordonnent
pour Genève les conditions d’exercice de la pharmacie, les modalités
d’enseignement, les rapports aux médecins, etc.vii. En même temps,
Genève voit affluer nombre d’apothicaires français, des réfugiés
huguenots, donc de religion réformée, qui fuient la France où ils sont
persécutés. Au moyen âge, Zurich aussi connaît plutôt une forme de
pharmacie marchande où les apothicaires occupent une place importante
dans la vie économique, politique et administrative de l’État alors qu’à
Berne, les apothicaires de la fin du moyen âge occupent plutôt un rôle
comme représentants des professions de la santé, à côté des médecinsviii.

         Ce n’est qu’avec les Lumières, à la fin du XVIIIe siècle, que la
pharmacie suisse, comme d’ailleurs la pharmacie européenne, prend un
tournant décisif, qu’elle se modernise et qu’elle s’organiseix. Les
pharmaciens prennent part, comme nous le verrons, à la vie scientifique
du pays, ils participent, et c’est nouveau, à la rédaction de pharmacopées,
et s’organisent professionnellement avec la création de sociétés, fédérales
ou nationale. La Société suisse de pharmacie est créée en 1843x. C’est
aussi durant le XIXe siècle qu’apparaissent les premières revues

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