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FRANÇOIS LEDERMANN  ANAL. REAL ACAD. FARM.

admiré les objets réunis par le pharmacien genevois. Reber est aussi
l’auteur d’une Galerie des thérapeutes et des pharmacognostes les plus
fameux, un ouvrage biographique. C’est aussi vers 1900 qu’un
pharmacien d’officine bâlois, Christian Engelmann se mit à collectionner
des objets se rapportant à l’histoire de la pharmacie, un ensemble qu’il
remit en 1926 au Musée d’histoire de la pharmacie de Bâle à peine fondé
alors par Josef Anton Häfliger.

        Häfliger, propriétaire d’une officine dans la ville de Bâle, peut être
considéré comme le véritable pionnier de l’histoire de la pharmacie en
Suisse et dans le monde. Contemporain et ami de Folch Andreu, il
enseigna l’histoire de la pharmacie à l’Université de Bâle et fut ainsi l’un
des premiers professeurs en ce domaine dans le monde. Il transforma sa
petite collection particulière en musée, l’un des plus importants au niveau
international pour l’histoire de la pharmacie. Il fut aussi l’auteur de
nombreux travaux historiques, en particulier sur les origines et le
développement de la pharmacie bâloise et helvétique. Il eut aussi la
charge de président de la Société internationale d’histoire de la
pharmacie.

        Si Häfliger représentait encore une vision très traditionaliste de
l’histoire de la pharmacie, où la biographie et les études institutionnelles
prennent le pas sur les études plus analytiques, son successeur à la tête du
Musée bâlois, Alfons Lutz, pharmacien d’officine également, devint l’un
des maîtres de la recherche sur les antidoitaires et les pharmacopées du
moyen âge et de la Renaissance. Il donna ainsi à histoire de la pharmacie,
pour la Suisse et pour le monde entier, une impulsion vers la recherche
des sources et des problèmes liés au passé du médicament.

        Cette promenade à travers plus d’un demi-millénaire de pharmacie
helvétique, par l’observation de plusieurs apothicaires ou pharmaciens,
révèle une fois de plus l’ambivalence de la profession pharmaceutique,
écartelée entre le commerce, l’artisanat et la recherche scientifique.
L’attention portée à diverses périodes montre que ce morcellement a
toujours existé mais que le pharmacien a constamment louvoyé, cherché
sa voie entre ces différents éléments. Ceci en fonction du cadre législatif
et social, mais aussi des réalités de la thérapeutique et de son évolution.

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